SUISSE. Ces récents jours, des swastikas ont été tagués un peu partout en Ville de Genève. Une centaine en tout, d'après la police. Ni synagogues ni écoles israélites n'ont été ciblées. Parmi les lieux touchés, les quartiers de Champel, de Plainpalais et de la Servette. Cette action n’a guère soulevé l’indignation générale. Leur auteurs se comptent sûrement par dizaines... La commune, à l'instar d'autres lésés privés, a déposé plusieurs plaintes pénales contre inconnu pour dommages à la propriété.
Ce vandalisme politique, après appropriation des Ready-Made en cause, a été revendiqué par le Cercle Georges Oltramare (CH) hier sur X. Un acte, purement incorporel, exempt de mobile raciste prétend son Président Faldo Trilhe. Ce club de réflexion néofasciste, fondé en mai 2007, s’oppose à toute proscription de ce symbole de paix millénaire, vénéré par quelque deux milliards de gens dans le monde, notamment les Bouddhistes, les Hindouistes ou encore les Jaïns.
Votation populaire
Il faut savoir que les Genevois voteront en juin 2024 sur un article constitutionnel qui interdira l’exhibition ou le port de symboles, d’emblèmes et de tout autre objet de haine dans les espaces publics du Canton de Genève. Une loi nationale en la matière tardant à venir. La croix gammée est évidemment visée par la mesure en raison de son utilisation pervertie par les Nazis au XXe siècle. Pour beaucoup, en Occident, ce signe renvoie au racisme, à la xénophobie et à l'antisémitisme avec la Shoah. Ils ignorent souvent les multiples variantes et la polysémie du swastika, surtout ses sens spirituels et religieux. Le député Thomas Bläsi (UDC), appuyé par la CICAD, est à la source de cet article législatif. Le projet a été approuvé le 23 juin dernier par le Grand Conseil, à l'exception d'un parlementaire.
Aujourd’hui, le droit helvète punit, par le biais des articles 261bis du CPS et 171c du CPM, quiconque utilise en public un symbole nazi, raciste, extrémiste ou faisant l’apologie de la violence de manière à propager l’idéologie qu’il représente. Une personne qui exhibe un tel symbole, sans volonté de colporter activement son idéologie, n’encourt en revanche aucune peine.
Durcir cette législation par voie constitutionnelle au plan cantonal, comme le souhaitent les élus genevois, est non seulement discutable mais complexe à mettre en oeuvre. En effet, il est ardu d’établir une nomenclature des signes à bannir qui s’avère soit arbitraire, soit interminable pour s’ajuster à l’actualité. D’autant plus qu’une délimitation juridique de ces symboles n’existe pas pour l’heure en Suisse si ce n’est dans un rapport du DFJP qui les a listés en 2022, à titre indicatif, pour le Conseil fédéral. Un document décrié… Sans oublier que pour donner corps à ce principe cantonal, il faudra créer une loi ad hoc ou inscrire un article 11H dans la LPG et assurer, ensuite, son application, ce hors du droit pénal fédéral. Ainsi seule une amende de droit cantonal, pour infraction de gravité mineure, punira les contrevenants.
Campagne pour le refus
C’est pourquoi le Cercle Georges Oltramare fera campagne l’an prochain contre ladite loi afin de sensibiliser la population sur l'histoire et les diverses significations de cette figure universelle, patrimoine de l'Humanité. Il s'agira aussi d'expliquer l'inutilité et la difficulté d'application de cette lex ferenda, voire qu'elle est contraire à la Constitution fédérale. D'abord, une conférence sur le sujet sera donnée à son siège social, à Cologny (GE), et sur YouTube par Alex Embroissi en avril 2024, puis, des stands d'information seront dressés, l'un à la Place du Molard, l'autre vers la Gare Cornavin, durant deux samedis en mai. Ses membres arboreront un badge orné d'une croix gammée lors de ces événements. Des tracts seront, par ailleurs, distribués aux citoyens afin de les convaincre de rejeter cette loi. Cette croisade s'achèvera avec la publication de swastikas artistiques dans un journal local et sur Instagram, 10 jours avant la votation.
La prohibition de symboles, quels qu'ils soient, serait par nature une restriction de la liberté d’expression qui irait à l'encontre de notre Constitution nationale. Selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, il est essentiel, dans une démocratie, que même les points de vue qui fâchent la majorité ou qui sont choquants pour d'aucuns puissent s’exprimer (ATF 143 IV 193 C1). Afficher ses convictions personnelles au vu et au su de tous, par un emblème, doit rester possible dans notre pays, peu importe que ce soit via une croix gammée, un pentagramme satanique ou tout autre attribut, cela sans intention de propagande ni atteinte à la paix publique. Ne soyons pas dupes : proscrire certains logos censés haineux ne contribuera nullement à enrayer racisme, violence et extrémismes.
Rappelons enfin, que chaque année depuis 2009, le Mouvement raëlien, dont le logo mêle le swastika à l’Etoile de David, organise le World Swastika Rehabilitation Day dans plusieurs cités à travers le globe. Même des Juifs suisses y participent !