ART. Le peintre Franco Maiullari, alias Pixel (PX), présente ses nouvelles oeuvres à la galerie GEO, à Cologny (CH), soit une quinzaine de planches intitulées Totenort. Cet ex-banquier suisse s’adonne à l’art pictural, entre figuration et abstraction, depuis les années 2000. Il est connu pour son iconographie sur le Troisième Reich (2003-2005) et ses séries Stripes (2008->) et Lines (2021->). Son talent artistique est diversement apprécié par ses pairs et les experts du domaine. La cote marchande du créateur, elle, progresse à la faveur d’un mouvement spéculatif.
Camp SS en images
En voici deux. Il s’agit de photos numériques prises par l’auteur au camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau (PL), en mai 2022. Les clichés ont été ensuite retouchés sur ordinateur avec un logiciel graphique jusqu’à obtenir l’effet escompté. Enfin, le résultat a été imprimé avec des encres thermochromes sur papier blanc BFK Rives (300 g/m²) en 18 exemplaires. Chaque estampe (120×80 cm) est titrée, numérotée, datée et signée par Pixel (PX) au verso. Le certificat d’authenticité, outre les informations d’identification et techniques, affiche en tête un NS-Reichsadler et la prière hébraïque El Maleh Rah’Amim. Toutes les planches ont été prévendues au prix de 1.888 CHF l’unité. Nombre de nombres, ô combien symboliques ! La plupart des acquéreurs sont des Israélites.
Le second volet de ce travail artistique a consisté à diffuser les images via des codes QR, soit une cinquantaine au total, qui ont été collés par son alter ego à certains endroits de Genève dans la nuit du 19 au 20 juin, puis en journée le 22 juin. Citons, parmi eux, le CAC, l’antique Cancel ou le parvis de la synagogue Beth-Yaacov. Au citoyen de les dénicher, puis de les scanner avec son smartphone pour résoudre l’énigme cryptée qu’ils contiennent grâce à une application ad hoc. Le concours permet de gagner un Splash Mirror, en Blue Edition (2020), du plasticien John M. Armleder, après tirage au sort des solutions exactes pour désigner le vainqueur.
Thème récurrent
Ce sont les énièmes compositions sur le thème de l’Holocauste que nous offre Pixel (PX). Des ouvrages, sans réelle singularité, qu’il qualifie ironiquement d’art dégénéré. Une production bâclée à dessein… On ne reconnait guère les espaces filmés de ce site historique et touristique voué à la Shoah tant les instantanés ont été trafiqués, à l’instar des précédents tirages de la série Totenort. Ce lieu de mémoire, plein d’Humanité et propice à la méditation, l’a peu inspiré de toute évidence tout comme le récit des guides. Ses visuels n’évoquent pas le souvenir prégnant d’un génocide mais plutôt un état de vacuité. L’atmosphère y est claustrophobique, malaisante, quasi kafkaïenne malgré la lumière qui émerge des ténèbres. Est-ce pour nier ou effacer l’indicible réalité d’un passé funeste ? Ou, pire, nous signifier que la solution finale de la question juive reste d’actualité, le camp SS étant dans l’attente d’autres victimes. Tout laisse à le penser avec les swastikas en filigrane… Pourtant, in obscura, un spectre à l’étoile jaune nous crie PLUS JAMAIS CA !
Libéralité
Contrairement à son habitude, Pixel (PX) n’a émis cette fois ni fac-similé de ses créations sur un timbre-poste suisse, via WebStamp, ni fichier digital associé à un NFT. En revanche, une E.A. sera offerte au Musée d’art de Yad Vashem (ISR) par l’artiste, aux racines juives, pour y être exposée. Le profit de la vente, lui, sera reversé à l’ONG Al-Haq (PSE).


