mercredi 26 juin 2024

Pixel (PX) peint la Shoah

ART. Le peintre Franco Maiullari, alias Pixel (PX), présente ses nouvelles oeuvres à la galerie GEO, à Cologny (CH), soit une quinzaine de planches intitulées Totenort. Cet ex-banquier suisse s’adonne à l’art pictural, entre figuration et abstraction, depuis les années 2000. Il est connu pour son iconographie sur le Troisième Reich (2003-2005) et ses séries Stripes (2008->) et Lines (2021->). Son talent artistique est diversement apprécié par ses pairs et les experts du domaine. La cote marchande du créateur, elle, progresse à la faveur d’un mouvement spéculatif.

Camp SS en images

En voici deux. Il s’agit de photos numériques prises par l’auteur au camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau (PL), en mai 2022. Les clichés ont été ensuite retouchés sur ordinateur avec un logiciel graphique jusqu’à obtenir l’effet escompté. Enfin, le résultat a été imprimé avec des encres thermochromes sur papier blanc BFK Rives (300 g/m²) en 18 exemplaires. Chaque estampe (120×80 cm) est titrée, numérotée, datée et signée par Pixel (PX) au verso. Le certificat d’authenticité, outre les informations d’identification et techniques, affiche en tête un NS-Reichsadler et la prière hébraïque El Maleh Rah’Amim. Toutes les planches ont été prévendues au prix de 1.888 CHF l’unité. Nombre de nombres, ô combien symboliques ! La plupart des acquéreurs sont des Israélites.

Camp de concentration nazi d’Auschwitz-Birkenau (PL). Art contemporain
Totenort #14 / © Franco Maiullari 2024
Le second volet de ce travail artistique a consisté à diffuser les images via des codes QR, soit une cinquantaine au total, qui ont été collés par son alter ego à certains endroits de Genève dans la nuit du 19 au 20 juin, puis en journée le 22 juin. Citons, parmi eux, le CAC, l’antique Cancel ou le parvis de la synagogue Beth-Yaacov. Au citoyen de les dénicher, puis de les scanner avec son smartphone pour résoudre l’énigme cryptée qu’ils contiennent grâce à une application ad hoc. Le concours permet de gagner un Splash Mirror, en Blue Edition (2020), du plasticien John M. Armleder, après tirage au sort des solutions exactes pour désigner le vainqueur.

Camp de concentration nazi d’Auschwitz-Birkenau (PL). Art contemporain

Totenort #15 / © Franco Maiullari 2024
Thème récurrent

Ce sont les énièmes compositions sur le thème de l’Holocauste que nous offre Pixel (PX). Des ouvrages, sans réelle singularité, qu’il qualifie ironiquement d’art dégénéré. Une production bâclée à dessein… On ne reconnait guère les espaces filmés de ce site historique et touristique voué à la Shoah tant les instantanés ont été trafiqués, à l’instar des précédents tirages de la série Totenort. Ce lieu de mémoire, plein d’Humanité et propice à la méditation, l’a peu inspiré de toute évidence tout comme le récit des guides. Ses visuels n’évoquent pas le souvenir prégnant d’un génocide mais plutôt un état de vacuité. L’atmosphère y est claustrophobique, malaisante, quasi kafkaïenne malgré la lumière qui émerge des ténèbres. Est-ce pour nier ou effacer l’indicible réalité d’un passé funeste ? Ou, pire, nous signifier que la solution finale de la question juive reste d’actualité, le camp SS étant dans l’attente d’autres victimes. Tout laisse à le penser avec les swastikas en filigrane… Pourtant, in obscura, un spectre à l’étoile jaune nous crie PLUS JAMAIS CA !

Libéralité

Contrairement à son habitude, Pixel (PX) n’a émis cette fois ni fac-similé de ses créations sur un timbre-poste suisse, via WebStamp, ni fichier digital associé à un NFT. En revanche, une E.A. sera offerte au Musée d’art de Yad Vashem (ISR) par l’artiste, aux racines juives, pour y être exposée. Le profit de la vente, lui, sera reversé à l’ONG Al-Haq (PSE).

mercredi 22 mai 2024

Genève vote sur les symboles haineux

SUISSE. Le 9 juin prochain, le peuple genevois se prononcera dans les urnes sur l'article constitutionnel 210A interdisant l'exhibition ou le port de symboles, d'emblèmes et de tout autre objet de haine dans les espaces publics du canton. Pointés en priorité : les attributs du nazisme comme la croix gammée et le sigle SS. Seul leur usage à des fins culturelles, historiques, pédagogiques, journalistiques ou scientifiques resterait admis.

En cas d’acceptation, la législation cantonale devra concrétiser cette interdiction et prévoir les exceptions. Il faudra ainsi créer une loi idoine ou modifier la LPG, avec l’introduction d’un article 11H. La peine encourue pour les contrevenants, elle, ne pourra être qu’une amende de droit cantonal sanctionnant une infraction de gravité limitée.

Front de refus

Plusieurs personnalités et mouvements politiques s'opposent à ce texte, initié par Thomas Bläzi en 2023, notamment à l'extrême-droite au motif que celui-ci est liberticide. Parmi eux, le Cercle Georges Oltramare, le Comité pour la Nature, le Front National Suisse, Liberté, Pro libertate et Résistance Helvétique pour ne citer que quelques-uns. Mais le plus étonnant, c'est l'avis du premier parti de Suisse, soit l'UDC qui rejette aussi cet objet en invitant les citoyens à voter NON, ce au grand dam de la communauté israélite de Genève et d'associations telles que la LICRA et la CICAD luttant contre le racisme et l'antisémitisme.

L’opinion populaire, elle, paraît divisée sur le sujet d’après un micro-sondage. Nombre d’électeurs refuseraient d’inscrire cette disposition dans la loi fondamentale du Canton, pour d’aucuns parce qu’elle est subjective par essence, d’autres préférant une loi ordinaire à l’échelle nationale. Pour les plus réfractaires, cette mesure serait une atteinte à leur liberté d’expression dans l’unique but de contenter des minorités privilégiées. Les plus avisés pensent à juste titre que censurer le symbole d’une idéologie, quelle qu’elle soit, n’empêchera jamais celle-ci de se propager. Bref, le principe constitutionnel, soumis au vote, est loin de faire l’unanimité bien que plébiscité par le Grand Conseil en juin 2023.

On comprend cette réticence. Comment définir ce qui est ou pas un symbole haineux ? Qui le déterminera, sur quels critères ? En effet, il est difficile d'établir une nomenclature des signes à prohiber qui s'avère soit partiale, soit interminable pour s'adapter à l'actualité. Assurément, c'est ouvrir une boîte de Pandore... déjà avec le swastika, symbole millénaire et universel de paix avant d'être perverti par le nazisme, ou les codes de reconnaissance cryptiques (18, 44, 88, 100W, 6MWE, OK, SWP, etc) aux possibilités infinies dont use l'extrême-droite.

Et puis... d'autres cas de figure peuvent émerger. Si la loi était présentement en vigueur, on peut imaginer, par exemple, que des citoyens réclament à l'Etat que l'Etoile de David et le drapeau israélien soient bannis de nos espaces publics en raison des crimes de guerre commis par Tsahal ces derniers mois contre des civils palestiniens dans la Bande de Gaza (PL). Requête pas si inepte, selon certains juristes !

Article constitutionnel inutile

Il faut savoir que le droit suisse proscrit déjà la discrimination et l’incitation à la haine via les articles 261bis du Code Pénal et 171c du Code Pénal Militaire. Est puni ainsi l’emploi d’emblèmes, d’objets, de slogans ou de gestes lorsqu’ils servent à faire publiquement la propagande d’une idéologie radicale, du racisme ou de la violence dans le but de rallier des tiers. Par le passé, le législateur s’est penché plusieurs fois sur une interdiction totale des symboles extrémistes de l’espace public, ce sans voter une norme pour autant. Sauf qu'après le Conseil des Etats en décembre 2023, le Conseil national a accepté le 17 avril 2024 la motion CAJ-E 23.4318 (13.10.2023) chargeant le Conseil fédéral d’élaborer une base légale dans ce sens. Même si cela suscitera un débat parlementaire, fort animé, cette nouvelle tentative pourrait être la bonne.

N’ajoutons pas de l’arbitraire dans la Constitution de la République et Canton de Genève avec l’article 210A. Votons NON le 9 juin à cette modification ! L’arsenal juridique actuel est suffisant en la matière dans l’attente soit d’un texte pénal, avec un paragraphe 6 à l’article 261bis ou un article 261ter, soit d’une loi fédérale ad hoc garantissant une solution unique et uniforme dans toute la Suisse.

vendredi 5 avril 2024

La CICAD dupée ?

SUISSE. La CICAD vient de publier son rapport 2023 sur l'antisémitisme en Suisse romande. L'an passé, 944 actes judéophobes ont été recensés par l'association contre 562 en 2022, soit une hausse de 68%. Ces chiffres, qu'il faut considérer avec prudence, n'ont été validés par aucune agence de contrôle indépendante. Le document contient au moins une bévue.

Pour preuve, la CICAD révèle l’existence d’un Cercle Georges Oltramare, sis à Cologny (CH), aux pages 14 et 19 dudit rapport. Seulement ce club de pensée néofasciste n’a jamais vécu que dans un monde imaginaire. Cette entité irréelle a été créée en 2007 dans le cadre d'un projet artistique. Ses protagonistes, à l’exemple de son président Faldo Thrilhe, sont des personnages romanesques tout comme les actes, propos et événements contés en lien avec ce leurre ne constituent que des fabulations, parfois inspirées par un fait divers. Le Cercle Georges Oltramare apparaît ainsi dans plusieurs fictions littéraires, tantôt satiriques tantôt loufoques, dont certaines sont publiées sur Internet, d'autres en version imprimée par HoaxMag, Queer ou Schutzpah. Au total, 33 historiettes, près de 320 pages. Les opinions exprimées à travers ces récits, elles, ne reflètent pas celles de l'auteur. Enfin, quelques fragments, variantes ou traductions pirates desdits textes ont été diffusés dans des médias malévoles, sans l'accord de l'écrivain qui n'en revendique pas, évidemment, la paternité.

Autrement dit, la CICAD a montré qu'elle est faillible, voire [censuré], en colportant cette Fake News, avec ses narrations récréatives. La ligue dispose pourtant des moyens et du personnel compétent pour déceler ce genre de canular par un fact-checking. D'autant plus grave que celle-ci propose des modules pédagogiques à nos écoliers pour repérer les infox et les préjugés racistes, notamment sur Internet.

Bien d'autres, à l’instar du GRA ou de la Tribune de Genève, se sont fourvoyés en croyant à la réalité du Cercle Georges Oltramare et de ses activités improbables, en dépit des mises en garde. Il est consternant que des organisations et des médias, soi-disant sérieux, aient relayé des fumisteries sans avoir vérifié au préalable la véracité des faits et des dires relatés. Ceux-ci ont clairement manqué à leur devoir de rigueur professionnelle !